Voiture électrique ultra sponsorisée, solaire autoconsommation lâché : le gouvernement nous pousserait-il vers le kWh à l’allemande ?
- Richard Eret
- il y a 5 jours
- 5 min de lecture

Des milliards pour la voiture électrique… et de moins en moins pour le solaire
Le gouvernement a choisi son camp : en 2026, le bonus écologique pour les voitures 100% électriques est maintenu et même renforcé, avec des aides pouvant atteindre autour de 5 700 € pour certains ménages. La part des véhicules électriques dépasse déjà le quart du marché, avec près de 28% des immatriculations en France.
Dans le même temps, le soutien aux petites installations solaires sur bâtiments se réduit trimestre après trimestre. Primes d’autoconsommation rabotées, tarifs de rachat du surplus en chute libre, nouvelles règles plus restrictives : le solaire de toiture, celui des ménages, des PME et des collectivités, est clairement moins bien traité que l’auto électrique.
Autrement dit : la voiture électrique est ultra sponsorisée, le solaire est lâché. Et pourtant, les deux dépendent du même kWh.
France vs Allemagne : à quel prix roulera votre voiture électrique demain ?
En Allemagne, un ménage paie aujourd’hui de l’ordre de 0,38–0,40 € le kilowattheure d’électricité, acheminement et taxes comprises.
En France, que l’on soit ménage, TPE/PME ou collectivité, on se situe le plus souvent entre 0,19 et 0,26 € TTC/kWh acheté au réseau, selon la puissance du compteur et l’offre choisie.
Pour l’instant, rouler en voiture électrique rechargée sur le réseau français reste globalement intéressant. Mais si nos prix convergent progressivement vers ceux de l’Allemagne, l’équation change : une voiture électrique branchée sur un kWh à 0,40 € ne raconte plus la même histoire qu’une voiture thermique.
Et c’est précisément ce vers quoi nous risquons d’aller si rien n’est fait :
la facture d’électricité grimpe,
le gouvernement encourage la voiture électrique,
mais il affaiblit la seule chose qui permettrait de garder un kWh maîtrisé
sur le long terme : le solaire en autoconsommation.
Ce qui est dans les cartons du gouvernement pour le solaire
Deux projets de textes transmis début avril au Conseil Supérieur de l’Énergie viennent réformer en profondeur le soutien aux petites installations de moins de 100 kWc.
Le soutien au surplus serait fixé à 0,011 €/kWh, contre environ 0,04 €/kWh aujourd’hui pour le segment 0–9 kWc et autour de 0,047–0,05 €/kWh pour le segment 9–100 kWc.
Pour les plus petites puissances, cela représente une division par plus de 12 par rapport à 2025.
La prime à l’autoconsommation serait supprimée, et le tarif de rachat tomberait à zéro lors des épisodes de prix négatifs sur le marché.
Ces textes visent directement le petit solaire sur bâtiments – celui des particuliers, des PME et des collectivités – et non les grands parcs au sol. Les organisations de la filière parlent d’un “coup de frein” brutal, dans un contexte où le solaire apparaît pourtant comme un outil évident de souveraineté énergétique.
Résultat :
la voiture électrique bénéficie d’un bonus conforté,
le solaire de toiture voit son soutien public amputé.
Voiture électrique + solaire : la seule combinaison cohérente
Subventionner la voiture électrique peut se défendre : moins d’émissions, moins de carburants fossiles importés. Mais sans solaire, une partie du calcul est bancale.
Si la recharge se fait majoritairement sur un réseau de plus en plus cher, financé par des centrales fossiles ou nucléaires, avec des taxes en hausse, la promesse économique de l’électrique s’érode.
Si, au contraire, une part importante de cette recharge se fait sur des panneaux solaires, sur le toit d’une maison, d’une PME ou d’un parking, l’équation change :
le kWh réseau reste à 0,19–0,26 € TTC aujourd’hui, avec un risque réel de dérive vers des niveaux “à l’allemande” ;
le kWh solaire bien dimensionné peut sortir entre 0,06 et 0,09 € HT/kWh sur la durée de vie de l’installation ;
la recharge du véhicule électrique sur sa propre production devient alors structurellement plus intéressante, même si les aides voitures baissent demain.
En clair : une voiture électrique sans solaire subit les tarifs de l’électricité ; une voiture électrique avec solaire en autoconsommation profite des tarifs qu’on a soi‑même fixés en investissant dans ses panneaux.
L’État se désengage du solaire… mais pas de votre facture
L’État baisse la prime et le tarif de rachat.
Les fournisseurs, eux, ne baissent ni les coûts de réseau, ni les taxes, ni leurs marges. Les prix de l’électricité ont déjà fortement augmenté ces dernières années, et rien n’indique un retour durable à un “kWh bon marché”.
Une prime, c’est un coup de pouce une fois.
Votre facture, c’est un prélèvement tous les mois.
Baser un projet photovoltaïque sur la générosité de l’État devient fragile.
Le baser sur l’économie de kWh achetés reste, lui, parfaitement logique – pour alimenter sa maison, son entreprise, ses bâtiments publics… et ses véhicules électriques.
2010, 2025, 2027 : les moratoires, ça n’arrive pas qu’aux autres
Ce ne serait pas la première fois qu’un choix politique stoppe net le solaire.
En 2010, un décret de moratoire a gelé le marché du photovoltaïque en France pendant plusieurs mois, en suspendant l’obligation d’achat pour de nombreuses installations et en bloquant les nouveaux projets.
En 2025, un amendement instaurant un moratoire sur l’éolien et le photovoltaïque a été adopté de justesse à l’Assemblée nationale, montrant qu’une majorité peut bloquer le développement de nouvelles capacités renouvelables en quelques lignes.
L’élection présidentielle de 2027 peut donc rebattre brutalement les cartes : selon le camp qui l’emportera, la question ne sera peut‑être plus de “soutenir” le solaire, mais de savoir dans quelles conditions on aura encore le droit d’installer des panneaux sur les toits.
Ceux qui auront leurs installations déjà en place seront tranquilles ; ceux qui auront attendu dépendront du résultat des urnes.
Autoconsommation : le seul terrain où vous gardez la main
Dans ce contexte, miser sur l’autoconsommation – individuelle et collective – devient la stratégie la plus rationnelle :
pour un ménage : couvrir une grande partie des usages de journée, puis recharger son véhicule électrique quand il y a du soleil ;
pour une PME : alimenter ses bureaux, ateliers, chambres froides, bornes, avec une part maximale de production locale ;
pour une collectivité : mutualiser les toitures (écoles, mairies, gymnases) et organiser des schémas d’autoconsommation collective pour lisser les consommations et réduire les factures.
Plus le kWh réseau monte, plus un kWh autoconsommé devient précieux.
Plus les aides deviennent instables, plus un projet basé sur des économies garanties sur 20–30 ans prend du sens.
“Une installation bien dimensionnée, ce n’est pas un pari sur la subvention, c’est un bouclier contre les prochaines hausses.”
Conclusion : avant que la voiture électrique roule au prix allemand
Le gouvernement arrose la voiture électrique, coupe le robinet du solaire, et laisse les prix de l’électricité suivre une trajectoire qui nous rapproche peu à peu du kWh allemand.
Pour un foyer, une entreprise ou une collectivité, la vraie question devient :
continuer à dépendre à 100% d’un kWh dont le prix et les aides se décident à Paris ou à Bruxelles,
ou verrouiller dès maintenant une partie de son coût de l’électricité en investissant dans des panneaux qui produiront pendant 20 à 30 ans.
Au fond, le choix est simple :
compter sur des aides qui changent au gré des gouvernements, ou compter sur une installation qui produit – pour la maison, l’entreprise et la voiture.
Ne faisons pas comme l’Allemagne, et surtout :
n’attendons pas que le gouvernement nous emmène au prix du kWh allemand pour décider de poser des panneaux solaires sur nos toits.
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